{"id":28,"date":"2024-05-30T09:59:24","date_gmt":"2024-05-30T07:59:24","guid":{"rendered":"https:\/\/quartiers-en-nord.blogs.esj-lille.fr\/?p=28"},"modified":"2025-06-04T17:37:29","modified_gmt":"2025-06-04T15:37:29","slug":"a-fourmies-un-train-de-retard","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/quartiers-en-nord.esj-lille.net\/?p=28","title":{"rendered":"\u00c0 Fourmies, un train de retard"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong><em>La ville de Fourmies est connue dans le Nord pour son enclavement et sa pauvret\u00e9. La voiture, trop co\u00fbteuse pour de nombreux habitants, y reste incontournable. Permis solidaire, transport \u00e0 la demande\u2026 Des initiatives se d\u00e9veloppent pour aider les habitants \u00e0 sortir de la ville et de la pr\u00e9carit\u00e9.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u201c<em>Pour le prochain, il faudra attendre une heure<\/em>\u201d. Le chauffeur de car se l\u00e8ve d\u00e9j\u00e0 de son si\u00e8ge, sans attendre les \u00e9ventuels commentaires indign\u00e9s. Il n&rsquo;y en aura pas. T\u00eate basse, ils sont quatre \u00e0 rester sur la touche, devant la gare de Valenciennes. Une ligne de train ferm\u00e9e pour travaux, un car de remplacement plein \u00e0 craquer\u2026 Nous sommes en route pour Fourmies. La ville, 11 000 habitants, \u00e0 l\u2019extr\u00eame-sud-est du Nord, est connue dans toute la r\u00e9gion pour ses probl\u00e8mes d\u2019accessibilit\u00e9. <em>\u201cC\u2019est le cul de la France\u201d<\/em>, r\u00e2le Dani\u00e8le Aron-Filleur, Fourmisienne depuis 72 ans. <em>\u201cOn dit souvent qu\u2019on est la \u201cr\u00e9serve d\u2019indiens\u201d, tout s\u2019arr\u00eate \u00e0 Valenciennes, m\u00eame la m\u00e9t\u00e9o\u201d<\/em>, s\u2019amuse Emmanuel*, un salari\u00e9 du service d\u2019aide \u00e0 domicile de la ville.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>\u201cFourmies est vraiment enclav\u00e9e, vous y venez mais vous n\u2019y passez pas\u201d<\/em>, analyse le maire de la ville, Micka\u00ebl Hiraux, 52 ans. Aussi vice-pr\u00e9sident de la R\u00e9gion, il se rend r\u00e9guli\u00e8rement \u00e0 Lille. Il prend bien garde de ne jamais prendre le dernier train du soir : <em>\u201cOn n\u2019est jamais s\u00fbr qu\u2019il y ait un conducteur\u201d<\/em>. M\u00eame gal\u00e8re pour Samuel Helbecque, le pr\u00e9sident du centre socio-culturel. Pour rallier Lille, ce cheminot compte au moins une heure quarante de TER\u2026 quand la ligne n\u2019est pas ferm\u00e9e ou retard\u00e9e.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u00f4t\u00e9 routes, la situation n\u2019est pas plus reluisante. Quarante ans que les habitants attendent la 2&#215;2 voies Paris-Bruxelles, qui doit passer \u00e0 proximit\u00e9 de Fourmies. Le projet, men\u00e9 par la R\u00e9gion et l\u2019Etat, doit \u00eatre inaugur\u00e9 en 2025 \u00e0 quelques kilom\u00e8tres de Fourmies. Pour l\u2019instant, les Fourmisiens restent loin de tout : <em>\u201cPour avoir une autoroute, il faut aller \u00e0 Maubeuge \u00e0 40 minutes d\u2019ici\u201d<\/em>, peste Emmanuel. Et encore, il n\u2019est pas de \u201cTrieux\u201d. Le quartier \u00e0 part. Enclav\u00e9 dans la ville enclav\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\"><strong>Trieux, loupe grossissante<\/strong><\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Trieux, c\u2019est une ancienne cit\u00e9 ouvri\u00e8re rattach\u00e9e avec le temps \u00e0 Fourmies. Le quartier est pos\u00e9 sur une butte calme. Trop pour ceux qui y habitent. Ici, une seule tour d\u2019immeuble, nomm\u00e9e \u201cBellevue\u201d. \u00c7a et l\u00e0, quelques grandes maisons bourgeoises et des usines abandonn\u00e9es. Le reste, des petites maisons accol\u00e9es \u00e0 des baraquements en bois et en t\u00f4le et \u00e0 des barres HLM. Surtout, pas un magasin \u00e0 l\u2019horizon. Seule une petite \u00e9picerie fait de la r\u00e9sistance.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"576\" src=\"https:\/\/quartiers-en-nord.esj-lille.net\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/Design-sans-titre-1024x576.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-39\" srcset=\"https:\/\/quartiers-en-nord.esj-lille.net\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/Design-sans-titre-1024x576.jpg 1024w, https:\/\/quartiers-en-nord.esj-lille.net\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/Design-sans-titre-300x169.jpg 300w, https:\/\/quartiers-en-nord.esj-lille.net\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/Design-sans-titre-768x432.jpg 768w, https:\/\/quartiers-en-nord.esj-lille.net\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/Design-sans-titre-1536x864.jpg 1536w, https:\/\/quartiers-en-nord.esj-lille.net\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/Design-sans-titre.jpg 1920w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>\u201cIl y a une grosse diff\u00e9rence entre Trieux, qui est un quartier d\u2019habitation populaire, et Fourmies, o\u00f9 on trouve plut\u00f4t les commerces\u201d<\/em>, d\u00e9taille Alain Paillou, 81 ans. Il est \u00e9lu au conseil des a\u00een\u00e9s \u00e0 Trieux depuis 2016. Historiquement, Trieux concentre la majeure partie du secteur QPV (quartier prioritaire de la politique de la ville) de Fourmies, marqu\u00e9e par la d\u00e9sindustrialisation. Le taux de ch\u00f4mage, qui fr\u00f4le les 30%, est un des plus hauts de la r\u00e9gion. <em>\u201cEt la population continue de s\u2019appauvrir\u201d<\/em>, constate Fran\u00e7ois Moreau. Carte sous les yeux, il retrace les nouveaux contours du QPV, qui serpente dans toute la ville. En 2024, sa surface a \u00e9t\u00e9 augment\u00e9e de 30%, principalement dans Trieux.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\"><strong>L\u00e0 o\u00f9 s\u2019arr\u00eate le train<\/strong><\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Sortir de Trieux, c\u2019est compliqu\u00e9. Y aller aussi.<em> <\/em>Le quartier est s\u00e9par\u00e9 du reste de la ville par la voie de chemin de fer. Ironie du sort : le train symbolise l&rsquo;enclavement. Pourtant, dans le pass\u00e9 ouvrier, il faisait rayonner la ville. <em>\u201cAvant il y avait la ligne Calais-B\u00e2le, qui pouvait nous amener jusqu\u2019en Suisse\u201d<\/em>, se souvient Jean-Pierre Camus, autre \u00e9lu au Conseil des a\u00een\u00e9s de Fourmies. Son pr\u00e9sident, Alain Paillou, rench\u00e9rit : <em>\u201cIl y avait m\u00eame un tramway\u201d<\/em>. Lanc\u00e9 en 1884, il reliait Fourmies \u00e0 Wignehies. La ligne de tramway dure moins de vingt ans et ferme d\u00e8s 1903. Pourtant, elle marque les esprits des plus anciens. Dans leur jeunesse, ils voyaient encore les traces des rails dans les pav\u00e9s de la route, reliques d\u2019un \u00e2ge d\u2019or aujourd\u2019hui disparu.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1600\" height=\"1066\" src=\"https:\/\/quartiers-en-nord.esj-lille.net\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/image-1.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-33\" srcset=\"https:\/\/quartiers-en-nord.esj-lille.net\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/image-1.jpeg 1600w, https:\/\/quartiers-en-nord.esj-lille.net\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/image-1-300x200.jpeg 300w, https:\/\/quartiers-en-nord.esj-lille.net\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/image-1-1024x682.jpeg 1024w, https:\/\/quartiers-en-nord.esj-lille.net\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/image-1-768x512.jpeg 768w, https:\/\/quartiers-en-nord.esj-lille.net\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/image-1-1536x1023.jpeg 1536w\" sizes=\"auto, (max-width: 1600px) 100vw, 1600px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u201c<em>Dans le temps, on comptait trente-sept filatures<\/em>\u201d, se souvient Alain Paillou. Au XIXe si\u00e8cle, l\u2019industrie textile faisait la gloire de Fourmies. La ville \u00e9tait le centre mondial de la laine peign\u00e9e. Un cinqui\u00e8me de la production fran\u00e7aise y \u00e9tait produite. En un si\u00e8cle, le nombre d\u2019habitants passe de 2 000 habitants \u00e0 15 000, principalement des ouvriers.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La prosp\u00e9rit\u00e9 tourne court. Les guerres mondiales puis la d\u00e9sindustrialisation passent par l\u00e0. Les usines tombent en ruines pendant la deuxi\u00e8me moiti\u00e9 du XXe si\u00e8cle. Les emplois migrent ailleurs, et ceux qui ne peuvent pas partir subissent de plein fouet le ch\u00f4mage et la pr\u00e9carit\u00e9. Bendix, usine de machines \u00e0 laver, employait 800 ouvriers dans Trieux. Elle a ferm\u00e9 en 1980.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La ligne de chemin de fer, elle, est toujours l\u00e0. Mais, en ligne directe, elle ne dessert plus que Lille et Hirson. La Fourmies-Maubeuge a \u00e9t\u00e9 supprim\u00e9e d\u00e8s 1969, la Calais-B\u00e2le en 2004. <em>\u201cL\u2019Avesnois est le parent pauvre du train\u201d<\/em>, l\u00e2che Samuel Helbecque, qui est aussi cheminot \u00e0 la SNCF. De son c\u00f4t\u00e9, le conseil r\u00e9gional temp\u00e8re. <em>\u201cNous pr\u00e9voyons d\u2019investir 100 millions d\u2019euros dans l\u2019Avesnois d\u2019ici 2027\u201d<\/em>, promet Christophe Coulon, vice-pr\u00e9sident Hauts-de-France en charge des transports et mobilit\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Des investissements sur des nouvelles voies ferr\u00e9es, de nouveaux trains dans l\u2019Avesnois\u2026 Mais pour l\u2019instant, le constat dans la gare de Fourmies est saisissant. Des bancs souvent vides et les annonces d\u2019arriv\u00e9es et de d\u00e9parts peu nombreuses<em>. \u201cIl y a des probl\u00e8mes structurels \u00e0 la mobilit\u00e9\u201d<\/em>, souligne Maxime Pol. Il a cr\u00e9\u00e9 l\u2019association \u201cSur les rails\u201d en 2020. Son objectif :<em> <\/em>pallier la d\u00e9gradation du r\u00e9seau ferroviaire dans l\u2019Avesnois. \u201c<em>On ne peut pas se passer de la voiture. C\u2019est un \u00e9l\u00e9ment de d\u00e9senclavement<\/em>\u201d, d\u00e9plore le jeune homme. Employ\u00e9 \u00e0 la mairie de Maubeuge, il sait de quoi il parle. Seulement 40 kilom\u00e8tres le s\u00e9parent Fourmies. Sans liaison directe, il faut compter 1 heure et demie de TER avec un arr\u00eat forc\u00e9 \u00e0 Aulnoye-Aymeries\u2026 Quand les trains ne sont pas supprim\u00e9s. Avec son association, il a d\u00e9j\u00e0 r\u00e9ussi \u00e0 obtenir la remise en place des trains Paris-Bruxelles avec un arr\u00eat dans l\u2019Avesnois d\u2019ici fin 2024. Le train passe par Maubeuge, pas \u00e0 Fourmies. L\u00e0 encore, la ville n\u2019est pas la priorit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\"><strong><em>\u201cCelui qui n\u2019a pas de voiture je le plains\u201d<\/em><\/strong><\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour l\u2019instant, difficile de r\u00eaver de voyager dans les m\u00e9gapoles depuis Fourmies. Les rails donnent sur Trieux. \u00c7a et l\u00e0, un coq dans un jardin, quelques vaches au loin, des aboiements de chien. Un car passe. C\u2019est rare. Le quartier ne compte que deux arr\u00eats de bus. Le principal est au pied de Bellevue. <em>\u201cSi on habite \u00e0 Trieux, il faut un v\u00e9hicule. Celui qui n\u2019a pas de voiture je le plains, car \u00e7a monte et il faut des bonnes jambes !\u201d<\/em>, affirme S\u00e9bastien Tisserant, qui r\u00e9side <em>\u201cau fin fond du quartier\u201d<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1600\" height=\"1066\" src=\"https:\/\/quartiers-en-nord.esj-lille.net\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/image-2.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-34\" srcset=\"https:\/\/quartiers-en-nord.esj-lille.net\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/image-2.jpeg 1600w, https:\/\/quartiers-en-nord.esj-lille.net\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/image-2-300x200.jpeg 300w, https:\/\/quartiers-en-nord.esj-lille.net\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/image-2-1024x682.jpeg 1024w, https:\/\/quartiers-en-nord.esj-lille.net\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/image-2-768x512.jpeg 768w, https:\/\/quartiers-en-nord.esj-lille.net\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/image-2-1536x1023.jpeg 1536w\" sizes=\"auto, (max-width: 1600px) 100vw, 1600px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u201c<em>\u00c0 Fourmies, ou tu descends ou tu montes, sinon c\u2019est que tu es \u00e0 la place de la mairie !<\/em>\u201d. Jean-Pierre Camus prend sa voiture pour filer rue Jules-Guesde, surnomm\u00e9e \u201crue de la Montagne\u201d, route principale de Trieux. La seule zone commerciale se trouve dans le quartier de la Marli\u00e8re, \u00e0 l&rsquo;extr\u00eame nord-ouest de la ville, \u00e0 l\u2019oppos\u00e9 du centre hospitalier. Deux zones tr\u00e8s importantes qui sont donc \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur de la ville. Ajoutez \u00e0 cela les nombreuses &#8211; et fortes &#8211; c\u00f4tes, et il est difficilement imaginable d\u2019imaginer une personne \u00e2g\u00e9e faire ses courses ou aller se soigner sans voiture.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour aller au travail, c\u2019est pire. Il faut presque toujours sortir de la ville. Pas \u00e9tonnant donc, que dans la part des moyens de transport utilis\u00e9s par les Fourmisiens pour travailler, la voiture pr\u00e9domine. 78%&nbsp; en 2020, contre seulement 3,9 % pour les transports en commun. \u00c0 la gare, on le reconna\u00eet : \u201c<em>Par chez nous, si vous n&rsquo;avez pas de voiture, c\u2019est compliqu\u00e9 rien que pour faire ses courses. Il y a des transports mais c\u2019est incomparable avec les grandes villes comme Valenciennes et Lille<\/em>\u201d, regrette Mehdi, seul agent au guichet de la gare SNCF de Fourmies.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\"><strong>Conduire, avec ou sans permis<\/strong><\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pourtant, <em>\u201cla voiture est une n\u00e9cessit\u00e9 qui reste inaccessible\u201d<\/em>, analyse Maylis Poirel, sociologue au laboratoire de recherche Ville Mobilit\u00e9 Transport de l\u2019universit\u00e9 Gustave-Eiffel, r\u00e9gion parisienne. 71% des Fourmisiens ont une voiture, contre 81 % \u00e0 l\u2019\u00e9chelle nationale. Seuls 19% ont au moins deux voitures. \u201c<em>C\u2019est le serpent qui se mord la queue : sans voiture, c\u2019est compliqu\u00e9 de trouver du travail, donc de l\u2019argent pour trouver des solutions de mobilit\u00e9<\/em>\u201d, ajoute la sociologue.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Manque de moyens ou sentiment d\u2019inutilit\u00e9, beaucoup renoncent au permis. Dans les rues, le nombre de voitures sans permis saute aux yeux. Les \u201ccacahu\u00e8tes\u201d, les surnomme-t-on ici. Au quartier de l&rsquo;Esp\u00e9rance, les p\u00e9tarades de leurs petits moteurs d\u00e9tonnent. C\u2019est comme \u00e7a qu\u2019on entend de loin arriver la Microcar blanche de Pascal. \u201c<em>Elle co\u00fbte 16.000 euros neuve<\/em> !\u201d, raconte-t-il, le sourire aux l\u00e8vres. Mara\u00eecher sur Avesnes, il doit faire&nbsp; 17 kilom\u00e8tres aller-retour chaque jour. \u201c<em>Avant j\u2019avais une Ligier <\/em>[NDLR, une marque de voiture sans permis]<em>. Elle \u00e9tait de 1994, elle \u00e9tait morte. Une voiture comme \u00e7a si t\u2019en prends soin \u00e7a dure une trentaine d\u2019ann\u00e9es<\/em>\u201d. Sur le palier de la porte, son fils le rejoint. Lui a le permis. Mais pas question pour son p\u00e8re de le passer. \u201c<em>Je n&rsquo;en vois pas l\u2019utilit\u00e9<\/em>\u201d, explique-t-il vaguement.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Niveau r\u00e9paration, il prend soin lui-m\u00eame de son pr\u00e9cieux quatre-roues. Gar\u00e9e sur le trottoir devant sa maison en brique rouge, elle a \u00e9t\u00e9 modifi\u00e9e par ses soins. \u201c<em>Normalement c\u2019est limit\u00e9 \u00e0 45 mais l\u00e0 elle roule \u00e0 90 ! Faut pas le dire. Beaucoup font \u00e7a<\/em>\u201d, confesse le quinquag\u00e9naire. Il commande les pi\u00e8ces sur Internet ou se rend dans des casses \u00e0 Cambrai. Car r\u00e9parer sa voiture a aussi un co\u00fbt. Trop \u00e9lev\u00e9 pour lui.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il n\u2019est pas le seul. Nombre des voitures sans permis dans Fourmies ont des roues d\u00e9pareill\u00e9es ou le capot entrouvert. Deux rues plus loin, le capot d\u2019une autre Microcar tient gr\u00e2ce \u00e0 des bouts de bois et des morceaux de ficelles. \u201c<em>Dans le secteur, les voitures sont dans un \u00e9tat pitoyable. Le contr\u00f4le technique va faire du bien<\/em>\u201d, explique Eric Losson, g\u00e9rant d\u2019un garage Peugeot-Citro\u00ebn dans le quartier de Trieux. Selon lui, ne pas contr\u00f4ler ces v\u00e9hicules ne fait que retarder les r\u00e9parations et devient dangereux. \u201c<em>Il y a une question de moyens mais aussi de r\u00e9ussite au permis. Des anciens ouvriers d\u2019usines qui avaient des mobylettes sont pass\u00e9s \u00e0 \u00e7a.<\/em>\u201d, ajoute-t-il.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\"><strong>Pi\u00e8ces d\u00e9tach\u00e9es et t\u00e2ches de camboui&nbsp;<\/strong><\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">M\u00eame constat sur l\u2019\u00e9tat des v\u00e9hicules avec permis : \u201c<em>Ici, ce ne sont pas trop des voitures neuves, plut\u00f4t des v\u00e9hicules de plus de 10 ans<\/em>\u201d, affirme S\u00e9bastien Tilmant, au comptoir du garage SOS D\u00e9pannage. La fum\u00e9e noire qui s&rsquo;\u00e9chappe de certains pots d\u2019\u00e9chappements dans les c\u00f4tes de Trieux trahit l\u2019\u00e9tat de vieilles Peugeot 205 ou Fiat Punto.<strong> <\/strong>Des voitures mal entretenues, par manque de moyens, qui poussent les usagers \u00e0 se tourner vers des garages petits, et souvent moins chers. \u201c<em>Des p\u2019tiots sont venus pour se renseigner pour changer la distribution, c&rsquo;est 600 euros ailleurs. Chez nous, c\u2019est 150<\/em>\u201d, se targue Erwin Poupel, sourire jusqu\u2019aux oreilles. Son garage tourne \u00e0 plein r\u00e9gime. Une citadine se dresse au milieu. \u201c<em>\u00c0 l\u2019heure actuelle une voiture \u00e7a co\u00fbte des sous, s\u2019ils viennent dans des grosses concessions ils sont assomm\u00e9s<\/em>\u201d, affirme le garagiste. Des prix qui, m\u00eame les plus bas possibles, font reculer certains.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1600\" height=\"1066\" src=\"https:\/\/quartiers-en-nord.esj-lille.net\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/image.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-32\" srcset=\"https:\/\/quartiers-en-nord.esj-lille.net\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/image.jpeg 1600w, https:\/\/quartiers-en-nord.esj-lille.net\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/image-300x200.jpeg 300w, https:\/\/quartiers-en-nord.esj-lille.net\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/image-1024x682.jpeg 1024w, https:\/\/quartiers-en-nord.esj-lille.net\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/image-768x512.jpeg 768w, https:\/\/quartiers-en-nord.esj-lille.net\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/image-1536x1023.jpeg 1536w\" sizes=\"auto, (max-width: 1600px) 100vw, 1600px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Deux rues plus loin, un homme et son fils r\u00e9parent une voiture familiale bleue dans le garage. Des carcasses et pi\u00e8ces d\u00e9tach\u00e9es jonchent le jardin. \u201c<em>Je n\u2019ai pas le temps de parler<\/em>\u201d, explique l\u2019homme d\u2019une cinquantaine d\u2019ann\u00e9es, cambouis sur les mains.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"768\" src=\"https:\/\/quartiers-en-nord.esj-lille.net\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/P1045472-1024x768.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-38\" srcset=\"https:\/\/quartiers-en-nord.esj-lille.net\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/P1045472-1024x768.jpg 1024w, https:\/\/quartiers-en-nord.esj-lille.net\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/P1045472-300x225.jpg 300w, https:\/\/quartiers-en-nord.esj-lille.net\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/P1045472-768x576.jpg 768w, https:\/\/quartiers-en-nord.esj-lille.net\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/P1045472-1536x1152.jpg 1536w, https:\/\/quartiers-en-nord.esj-lille.net\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/P1045472-2048x1536.jpg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Et eux ont une voiture. Car nombreux sont ceux qui n\u2019ont pas ce luxe. Alors, depuis 2016, la ville de Fourmies propose la location de v\u00e9hicules 2 et 4 roues \u00e0 des tarifs tr\u00e8s faibles. Il faut compter deux euros par jour pour les scooters. C\u2019est quatre euros par jour pour les voitures et trois pour les voitures sans permis. Les clients sont&nbsp; s\u00e9lectionn\u00e9s sur crit\u00e8res sociaux. La condition : avoir un contrat de travail sans \u00eatre v\u00e9hicul\u00e9. Une location est d\u2019une dur\u00e9e maximum de trois mois renouvel\u00e9e selon les situations. Preuve du besoin : \u201c<em>Le parc est toujours en location. Le premier qui appelle a le v\u00e9hicule, il y a m\u00eame une liste d\u2019attente<\/em>\u201d, affirme Maxence Henriat du p\u00f4le mobilit\u00e9 de Fourmies. Au total, huit voitures sont disponibles et quatre nouvelles devraient arriver d\u00e8s l\u2019an prochain.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\"><strong>Conduire ou se faire conduite, telle est la question<\/strong><\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Gar\u00e9es rue Bleue, dans le centre-ville, ces voitures font de l&rsquo;\u0153il \u00e0 beaucoup de monde. Surtout aux \u00e9l\u00e8ves de l\u2019auto-\u00e9cole solidaire situ\u00e9e dans le m\u00eame b\u00e2timent, comme C\u00e9dric. Cet homme de 38 ans, tatou\u00e9 des mains \u00e0 la t\u00eate, est au d\u00e9but de sa formation de conduite. Il a quitt\u00e9 le circuit scolaire \u00e0 15 ans et n\u2019a jamais eu d\u2019emploi de longue dur\u00e9e. Seulement de la coupe de bois non d\u00e9clar\u00e9e ou une formation d\u2019un mois en tant qu\u2019agent d\u2019entretien pour la mairie. Sans permis, c\u2019est difficile. \u201c<em>On m\u2019a propos\u00e9 un travail \u00e0 Hirson mais je commen\u00e7ais \u00e0 23 heures et sans voiture c\u2019est pas possible<\/em>\u201d, se d\u00e9sole-t-il. Quinze kilom\u00e8tres, c\u2019est d\u00e9j\u00e0 trop.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est parti pour une heure de conduite. \u201c<em>Ici il y a rien, que dalle<\/em>\u201d, r\u00e9p\u00e8te C\u00e9dric en circulant dans Fourmies. En sortant de la ville, la route pluvieuse le d\u00e9stabilise un peu. \u201c<em>On va un peu plus vite, s\u2019il vous pla\u00eet<\/em>\u201d, lui ass\u00e8ne Dimitri Caille, l\u2019un des moniteurs de Trajectoire. Cette auto-\u00e9cole solidaire, n\u00e9e en 2013 dans le Nord, accompagne 300 b\u00e9n\u00e9ficiaires par an. \u201c<em>Ce sont des personnes en grande pr\u00e9carit\u00e9. On revoit beaucoup de choses avec eux, comme les tables de multiplication pour calculer les distances en fonction de la vitesse<\/em>\u201d, explique son cr\u00e9ateur, Beno\u00eet Gontier. Pour beaucoup de b\u00e9n\u00e9ficiaires, le code de la route est le premier dipl\u00f4me obtenu. Une formation courte de 5 semaines pour le code et 2 mois de conduite, pris en charge \u00e0 90 %. Soit 200 euros, qui peuvent \u00eatre pay\u00e9s en deux fois, contre plus de 2.000 euros dans une auto-\u00e9cole classique. En prime, un encadrement plus fort qu\u2019ailleurs.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"576\" src=\"https:\/\/quartiers-en-nord.esj-lille.net\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/Design-sans-titre1-1024x576.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-40\" srcset=\"https:\/\/quartiers-en-nord.esj-lille.net\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/Design-sans-titre1-1024x576.jpg 1024w, https:\/\/quartiers-en-nord.esj-lille.net\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/Design-sans-titre1-300x169.jpg 300w, https:\/\/quartiers-en-nord.esj-lille.net\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/Design-sans-titre1-768x432.jpg 768w, https:\/\/quartiers-en-nord.esj-lille.net\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/Design-sans-titre1-1536x864.jpg 1536w, https:\/\/quartiers-en-nord.esj-lille.net\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/Design-sans-titre1.jpg 1920w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Tiffany Lef\u00e8vre, 22 ans, prend la suite. Cette jeune maman veut \u00e0 tout prix quitter Fourmies pour travailler dans l\u2019aide \u00e0 la personne en r\u00e9gion parisienne. La pluie fine continue de tomber sur la route. La voiture-\u00e9cole sort de la ville, longe les anciennes filatures en ruine, bient\u00f4t d\u00e9truites.<strong> <\/strong>\u201c<em>Moi j\u2019ai des gens je leur demande d\u2019aller \u00e0 Wignehies, c\u2019est le village d\u2019\u00e0 c\u00f4t\u00e9 \u00e0 5 minutes, ils ne savent pas o\u00f9 c\u2019est. Ils ne sont jamais sortis de leur quartier<\/em>.\u201d, remarque Dimitri Caille dans son pull bleu ciel. Assis \u00e0 sa place de passager, le moniteur pointe du doigt le manque de mobilit\u00e9 : \u201c<em>Les gens de Trieux viennent une fois par semaine \u00e0 Fourmies pour faire leurs courses et c\u2019est tout. Ils ne bougent pas, ils ne vont nulle part ailleurs.<\/em>\u201d.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nombre d\u2019habitants ne sont jamais sortis de la ville. <em>\u201cCertains Fourmisiens ont vu leurs parents et grand-parents ne jamais travailler, ils n\u2019ont donc jamais eu le besoin de sortir pour trouver un emploi\u201d<\/em>, selon Fran\u00e7ois Moreau, adjoint au maire charg\u00e9 des QPV. <em>\u201cLa mobilit\u00e9 n\u2019est pas que physique, elle est aussi psychologique\u201d<\/em>.La pr\u00e9carit\u00e9 agit comme une barri\u00e8re mentale qui vient renforcer l\u2019isolement des habitants les plus pauvres. Ne jamais avoir pris le bus, avoir du mal \u00e0 lire, ou \u00e0 utiliser Internet\u2026 \u201c<em>Il y a du psychologique, mais aussi des enjeux d\u2019\u00e9ducation et de comp\u00e9tence<\/em>\u201d, analyse Maylis Poirel. La sociologue a pass\u00e9 plusieurs jours \u00e0 Fourmies pour y \u00e9tudier les freins \u00e0 la mobilit\u00e9 : <em>\u201cLes personnes pr\u00e9caires n\u2019ont aucune possibilit\u00e9 de se projeter, elles ne partent pas en vacances et ont du mal \u00e0 mettre de l\u2019argent de c\u00f4t\u00e9 pour acheter une voiture.\u201d<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour certains, partir de l\u2019Avesnois est inenvisageable. \u201c<em>On a beaucoup de jeunes qui ne veulent pas quitter le cocon familial, ils s\u2019inscrivent dans toutes les fili\u00e8res post-bac de Fourmies pour rester<\/em>\u201d, constate Micka\u00ebl Hiraux. Pour tenter de lever ces barri\u00e8res psychologiques, la mairie a mis en place des \u201cateliers de coaching\u201d. Un accompagnement personnalis\u00e9 pour apprendre \u00e0 utiliser des applications, Internet et surtout comprendre que sortir de Fourmies est possible.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\"><strong>Le transport \u00e0 la demande, une solution qui roule<\/strong><\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pourtant, sans permis et sans voiture, des solutions existent. Elles se r\u00e9sument parfois \u00e0 trois lettres : le \u201cTAD\u201d. Les initiales de \u201ctransport \u00e0 la demande\u201d. Ce dispositif d\u2019aide \u00e0 la mobilit\u00e9 a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 en 2018. En r\u00e9servant un cr\u00e9neau sur Internet, une voiture vient chercher les habitants du Sud-Avesnois \u00e0 un arr\u00eat de bus pour les d\u00e9poser \u00e0 un autre. Des arr\u00eats qui ne sont plus, ou mal, desservis par les transports en commun. <em>\u201cC\u2019est plus rapide et plus pratique que les bus, o\u00f9 il y a peu d\u2019horaires\u201d<\/em>, compl\u00e8tent Sarah et L\u00e9a, qui l\u2019utilisent chaque mercredi depuis Wignehies. Les deux jeunes femmes savent de quoi elles parlent : pour faire leurs courses \u00e0 Fourmies, elles doivent marcher pendant une demi-heure dans la campagne. M\u00eame probl\u00e8me \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de la ville : le bus qui faisait une boucle dans Fourmies a \u00e9t\u00e9 supprim\u00e9 par la R\u00e9gion en 2019. \u201c<em>Certes il n\u2019y avait pas beaucoup de monde, mais le prix \u00e9tait \u00e9lev\u00e9 et les horaires inadapt\u00e9s<\/em>\u201d, regrette Micka\u00ebl Hiraux. De son c\u00f4t\u00e9, la R\u00e9gion invoque des co\u00fbts trop importants que, ni elle ni la communaut\u00e9 de communes, n&rsquo;a voulu prendre en charge.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>\u201cOn fait aussi beaucoup de social\u201d<\/em>, note S\u00e9bastien Tisserant, au volant de sa Toyota estampill\u00e9e \u201cAvesnois Mobilit\u00e9s\u201d. Depuis six ans, il assure des trajets sur rendez-vous \u00e0 Fourmies et dans les environs. Le prix de la pr\u00e9cieuse course : un euro.<em> <\/em>Travail, courses, rendez-vous m\u00e9dicaux\u2026 Avec 1520 r\u00e9servations sur le mois de f\u00e9vrier 2024, le TAD affiche souvent complet. L\u2019intercommunalit\u00e9 esp\u00e8re mettre plus de voitures \u00e0 disposition des habitants, mais d\u00e9plore un manque de moyens.<br><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/lh7-us.googleusercontent.com\/o03ZKNuWsJDjFMfAk1ecCuzDWt_1-zN1GGKNg_rR9D8abc_pDs8ppH-3sl7QLoYKvf_CNBi3nPJFVQjAvvRbo2HT-hEC4T8lqsOKnW3n4hYRnuMzQUrNugXrnDmvTi5wFsLGH6iscZBLG_cX9jYC3Yw\" width=\"282\" height=\"211\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/lh7-us.googleusercontent.com\/2aPwhtLiiwm44hr92_WPItrnK3E4D37SQOkhJxUkTRDppw_bmuysIJRgiRDdqM4fy0g0yi0MLB1gueGMii5E-lzbRPKiM09ZWcq5sDbwdNOgTVXCeUXuYG0PrgISgy2ELjkL34CHV53Fj2QDzbhyhGY\" width=\"303\" height=\"201\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>\u201cOn a un public assez f\u00e9minin<\/em>, constate Laurent Amistadi, directeur adjoint de Vital Services, l\u2019entreprise de TAD. <em>Pour les m\u00e9nages qui n\u2019ont qu\u2019un v\u00e9hicule, \u00e7a constitue la deuxi\u00e8me voiture pour gagner sa vie<\/em>.\u201d C\u2019est le cas de Laetitia Olivier, qui l\u2019utilise chaque jour pour aller en formation d\u2019aide \u00e0 la personne \u00e0 Tr\u00e9lon : <em>\u201cDans tous les m\u00e9tiers ils demandent d\u2019avoir une voiture, j\u2019ai le permis depuis trois ans mais pas de voiture, c\u2019est trop cher\u201d<\/em>&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le \u201ctaxi\u201d passe souvent dans les ruelles de Trieux. Connaisseur du quartier &#8211; il y habite &#8211; S\u00e9bastien Tisserand a milit\u00e9 pour r\u00e9habiliter deux anciens arr\u00eats de bus pour y amener le TAD. <em>\u201cOn a beaucoup de gens qui viennent de Trieux\u201d<\/em>, compl\u00e8te C\u00e9line Macke, conductrice de TAD depuis quelques mois. Elle adresse un signe de la main \u00e0 un passant : <em>\u201cLui, il prenait le TAD le soir pour rentrer du travail et le bus le matin, mais sa femme a r\u00e9ussi \u00e0 avoir une voiture.\u201d.&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\"><strong>Un dernier tour de car<\/strong><\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mais quand on travaille plus loin ou \u00e0 des horaires d\u00e9cal\u00e9es, cette solution n\u2019est pas valable. Alors, l\u2019usine Renault de Maubeuge a pris les choses en main. Elle propose un des derniers transports ouvriers de la r\u00e9gion. Le d\u00e9part est \u00e0 4h30. Jordan Lavergne, 28 ans, le prend depuis huit ans. Depuis qu\u2019il travaille au montage de l\u2019usine. La nuit noire, il la brave chaque fois qu\u2019il est \u201c<em>du matin<\/em>\u201d. Casquette sur la t\u00eate, il attend un bus. Bien que sa voiture soit gar\u00e9e quelques m\u00e8tres plus loin. \u201c<em>Je le prends pour faire des \u00e9conomies sur l\u2019essence et \u00e7a me permet de dormir un peu plus<\/em>\u201d, explique-t-il en fumant sa cigarette.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1600\" height=\"1200\" src=\"https:\/\/quartiers-en-nord.esj-lille.net\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/image-3.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-35\" srcset=\"https:\/\/quartiers-en-nord.esj-lille.net\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/image-3.jpeg 1600w, https:\/\/quartiers-en-nord.esj-lille.net\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/image-3-300x225.jpeg 300w, https:\/\/quartiers-en-nord.esj-lille.net\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/image-3-1024x768.jpeg 1024w, https:\/\/quartiers-en-nord.esj-lille.net\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/image-3-768x576.jpeg 768w, https:\/\/quartiers-en-nord.esj-lille.net\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/image-3-1536x1152.jpeg 1536w\" sizes=\"auto, (max-width: 1600px) 100vw, 1600px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est m\u00eame ce bus qui l\u2019a convaincu de signer \u00e0 l\u2019usine Renault. Il estime gagner 200 \u00e0 300 euros par mois de carburant. Pour celui qui habite depuis toujours le quartier de Trieux, le car ouvrier est une aubaine. Trois arr\u00eats sont marqu\u00e9s dans Fourmies. Le trajet dure entre 35 et 40 minutes. \u201c<em>Il y a 10 bus \u00e0 MCA pour desservir diff\u00e9rentes villes. Ils en ont supprim\u00e9 deux car il y avait trop peu de personnes. Mais celui de Fourmies marche bien : comme il n\u2019y a pas de boulot, que les gens n\u2019ont pas trop le permis, forc\u00e9ment il y a plus de monde ici qu\u2019ailleurs<\/em>\u201d, poursuit-il. Comme lui, une quinzaine de Fourmisiens prennent le bus chaque jour.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est le cas de Benjamin Leroy. Lui n\u2019a pas le permis. Le comble quand on travaille \u00e0 Renault depuis cinq ans.&nbsp; \u201c<em>\u00c7a d\u00e9panne bien quand m\u00eame. Sans permis c\u2019est gal\u00e8re pour aller \u00e0 Maubeuge et ici il n&rsquo;y a pas trop de boulot<\/em>\u201d, dit-il capuche sur la t\u00eate. Ils se sont connus \u00e0 l\u2019usine. C\u2019est d\u00e9sormais ensemble qu&rsquo;ils y vont. Une dizaine de personnes s\u2019amassent \u00e0 l\u2019arr\u00eat de bus. Tous se serrent la main. Alors que les oiseaux commencent \u00e0 chanter, voil\u00e0 qu\u2019il arrive. Ses phares \u00e9blouissent les hommes, tous jeunes. 4 heures 33, le bus part. Il est comble, mais cette fois, personne ne reste sur le bord de la route.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\"><em>Valentin Thibier et Esteban Gr\u00e9pinet<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>*Le pr\u00e9nom a \u00e9t\u00e9 modifi\u00e9<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La ville de Fourmies est connue dans le Nord pour son enclavement et sa pauvret\u00e9. La voiture, trop co\u00fbteuse pour de nombreux habitants, y reste incontournable. 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