{"id":60,"date":"2024-06-03T11:12:11","date_gmt":"2024-06-03T09:12:11","guid":{"rendered":"https:\/\/quartiers-en-nord.blogs.esj-lille.fr\/?p=60"},"modified":"2025-06-05T09:41:17","modified_gmt":"2025-06-05T07:41:17","slug":"je-donne-toutes-mes-cartes-a-mes-enfants","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/quartiers-en-nord.esj-lille.net\/?p=60","title":{"rendered":"\u201cJe donne toutes mes cartes \u00e0 mes enfants\u201d"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong><em>A Saint-Omer, dans le Pas-de-Calais, les familles des quartiers populaires, souvent monoparentales, font le maximum pour leurs enfants, soutenues par la PMI (Protection maternelle infantile), porte d\u2019entr\u00e9e du r\u00e9seau d\u2019aide sociale. Les services manquent de moyens mais sont indispensables, face \u00e0 l&rsquo;isolement et \u00e0 la pr\u00e9carit\u00e9.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00ab <em>J\u2019ai toujours voulu \u00eatre maman. C\u2019est peut-\u00eatre d\u00fb \u00e0 mon enfance, je suis une fille plac\u00e9e.\u201d <\/em>Alison se raconte, lucide. <em>\u201cIl<\/em> <em>fallait que je red\u00e9couvre la famille par moi-m\u00eame.<\/em> \u00bb. La jeune femme a \u00e9t\u00e9 prise en charge par l\u2019Aide sociale \u00e0 l\u2019enfance jusqu\u2019\u00e0 ses 18 ans. Un service aujourd\u2019hui au bord de la rupture. Une commission d\u2019enqu\u00eate parlementaire examine ses dysfonctionnements depuis le 14 mai. La protection de l\u2019enfance est pourtant le dernier rempart face \u00e0 l\u2019isolement des m\u00e8res dans les quartiers populaires.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans le salon de Alison, une photo r\u00e9cente de ses deux enfants. A droite dans le cadre, Th\u00e9o, son a\u00een\u00e9, qu\u2019elle vient de d\u00e9poser \u00e0 l\u2019\u00e9cole. Il a 5 ans, une chemise \u00e0 carreaux et des cheveux ras\u00e9s. A gauche, Oscar, 2 ans, le petit dernier. Il fixe l\u2019objectif avec ses grands yeux bleus et ses lunettes rondes. Les m\u00eames yeux que sa m\u00e8re.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Le soutien de la protection de l\u2019enfance<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Alison a eu son premier enfant \u00e0 20 ans. Avec ce nouveau statut de parent arrive l&rsquo;inqui\u00e9tude. Th\u00e9o ne parle pas malgr\u00e9 les ann\u00e9es qui d\u00e9filent. La jeune m\u00e8re s\u2019est alors dirig\u00e9e vers la Protection maternelle infantile (PMI) : \u00ab <em>J\u2019ai voulu m\u2019entourer. On se sent vite isol\u00e9e quand on ne sait pas faire<\/em> \u00bb. Elle habite \u00e0 Saint-Omer, au c\u0153ur du quartier Saint-Exup\u00e9ry. Ici, la PMI, tout le monde la conna\u00eet. Le quartier tient en une rue. Le taux de pauvret\u00e9 s\u2019\u00e9l\u00e8ve ici \u00e0 60 %. Un quart des familles sont monoparentales. Le secteur est class\u00e9 QPV, quartier prioritaire de la ville. Les immeubles beiges de six \u00e9tages se suivent dans une courbe, entour\u00e9s de pelouses et de parkings.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans l\u2019entr\u00e9e de la PMI d\u2019Arques, sur le dessus d\u2019une pile de livres, un album jaune : <em>Les col\u00e8res, <\/em>de Catherine Dolto<em>. <\/em>Sur la couverture, un petit enfant blond hurle et balance son doudou. A la lisi\u00e8re de Saint-Omer, ce petit b\u00e2timent des ann\u00e9es 70 r\u00e9unit pu\u00e9ricultrices, m\u00e9decins, sage-femme et \u00e9ducatrices qui accompagnent les familles. Des baies vitr\u00e9es d\u00e9limitent la salle de pu\u00e9riculture o\u00f9 les enfants de 0 \u00e0 6 ans sont accueillis. Depuis la salle d\u2019attente, on entend les t\u00e9l\u00e9phones sonner \u00e0 l&rsquo;\u00e9tage. Au bout de l\u2019escalier, les travailleurs sociaux se partagent une dizaine de bureaux. C\u00e9cile Bacquet, la directrice de l&rsquo;\u00e9tablissement, explique :&nbsp; \u201c<em>Nous suivons toutes sortes de familles<\/em>. <em>Des enfants en danger, il y en a partout. Mais la pauvret\u00e9 et la pr\u00e9carit\u00e9 sont des facteurs aggravants. La reproduction sociale, elle est toujours l\u00e0<\/em>.\u201d<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">De Saint-Omer \u00e0 Arques en passant par Longuenesse, les travailleuses sociales ont identifi\u00e9 des poches de forte pauvret\u00e9. Saint-Exup\u00e9ry, le square Marcel-Pagnol, l\u2019avenue L\u00e9on-Blum, le Quai du Commerce. \u00ab <em>Il y a une concentration ph\u00e9nom\u00e9nale de familles \u00e0 accompagner, parfois dans un m\u00eame immeuble<\/em> \u00bb constate C\u00e9cile Baquet. De l\u2019aide \u00e9ducative \u00e0 l\u2019intervention en cas de maltraitance, la PMI se construit en appui pour les parents. Elle reste le point d\u2019entr\u00e9e le plus fr\u00e9quent. Ensuite, le r\u00e9seau se d\u00e9ploie : associations d\u2019aides \u00e0 domicile, groupes de paroles, ateliers parentalit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Des m\u00e8res qui se parlent&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">A la PMI, sages-femmes et pu\u00e9ricultures s\u2019accordent sur un point : \u201c<em>L&rsquo;\u00e9change entre parents, \u00e7a permet vraiment de se tirer vers le haut. Ils se rendent compte qu\u2019ils rencontrent les m\u00eames probl\u00e8mes<\/em>.\u201d&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Tous les lundis, H\u00e9lo\u00efse et Marie-H\u00e9l\u00e8ne, toutes les deux TISF, animent un atelier parentalit\u00e9 \u00e0 Enquin-lez-Guinegatte, \u00e0 20 km de Saint-Omer. Les techniciennes de l\u2019intervention sociale et familiale ont un r\u00f4le : apporter un soutien aux familles dans leur quotidien. Elles arrivent \u00e0 14h p\u00e9tantes, avec des sacs pleins \u00e0 ras bord. Tout de suite elles s\u2019affairent, d\u00e9placent les tables, d\u00e9plient le tapis de motricit\u00e9, sortent les livres, et surtout, les g\u00e2teaux pour le caf\u00e9. \u201c<em>On organise toujours un petit moment caf\u00e9 avant de commencer, <\/em>explique Manu<em>, <\/em>b\u00e9n\u00e9vole en charge de la m\u00e9diath\u00e8que, <em>parce que ce sont des parents qui ont besoin de parler, qui sont en isolement social<\/em>.\u201d&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-link-color wp-elements-1 wp-block-paragraph\" style=\"color:#ee0d4d\"><strong>\u201c<\/strong><strong><em>On est tr\u00e8s fusionnelles, trop parfois, elle me suit partout<\/em><\/strong> \u00ab\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">14h27, \u201c<em>Ils sont d\u00e9j\u00e0 l\u00e0<\/em> !\u201d s\u2019exclame Heloise. Louanne arrive avec sa m\u00e8re, en tenue de lapin de P\u00e2ques. Vient ensuite un couple et leur nourrisson : il sera le seul p\u00e8re pr\u00e9sent ce jour. Originaires de Dunkerque, ils ne connaissent personne ici. Enfin, Juliette passe la porte en robe de princesse. La petite fille montre la licorne violette de sa robe avec fiert\u00e9<sup>. <\/sup>\u201c<em>Elle n\u2019a rien voulu mettre d\u2019autre<\/em>\u201d, clame sa m\u00e8re, C\u00e9cile.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Tout le monde s\u2019installe, se sert un caf\u00e9 ou un th\u00e9. Les enfants piochent une madeleine et vont jouer ensemble, sauf Juliette qui reste coll\u00e9e \u00e0 sa m\u00e8re. Elle tente de lui arracher son caf\u00e9 des mains \u00e0 deux reprises pour capter son attention. R\u00e9sultat : deux tasses renvers\u00e9es. \u201c<em>On est tr\u00e8s fusionnelles, trop parfois, elle me suit partout. J\u2019ai jamais de pause. On n\u2019est que toutes les deux toute la semaine. Quand son p\u00e8re rentre le week-end, j\u2019essaie de la mettre avec lui mais il n\u2019y a rien \u00e0 faire<\/em>.\u201d Le p\u00e8re de Juliette est chauffeur routier. C\u2019est pour emm\u00e9nager avec lui que C\u00e9cile est arriv\u00e9e ici.&nbsp; \u201c<em>Rencontre internet !<\/em>\u201d s&rsquo;exclame-t-elle. Avant la naissance de Juliette, elle \u00e9tait pr\u00e9paratrice de commande. \u201c<em>C\u2019est des horaires d\u00e9cal\u00e9es, soit on commence \u00e0 6h, soit on finit \u00e0 22h. Je n\u2019ai trouv\u00e9 personne pour la garder. Je vais me remettre \u00e0 chercher quand elle entrera \u00e0 l\u2019\u00e9cole<\/em>.\u201d&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Rendre l\u2019entraide accessible\u00a0<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ces ateliers sont souvent le premier pas pour couper le cordon. Au bout d\u2019une grosse heure, Juliette l\u00e2che petit \u00e0 petit la jambe de sa m\u00e8re : \u201c<em>On nous a conseill\u00e9 de venir parce qu\u2019elle ne parle pas beaucoup. Ici, elle rencontre d\u2019autres enfants\u201d, <\/em>pr\u00e9cise celle-ci.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u00e9cile se rend aussi ponctuellement au LAEP (Lieu d&rsquo;accueil enfants parents), comme beaucoup de parents suivis par la PMI. L\u00e0-bas, pas de th\u00e8me, pas d&rsquo;activit\u00e9 pr\u00e9vue, pas d\u2019inscription. Le LAEP est un espace de s\u00e9curit\u00e9 qui r\u00e9pond \u00e0 une charte stricte. Les accueillants ne doivent pas adopter une posture d\u2019expertise. Ils ont un r\u00f4le d\u2019\u00e9coute et de conseil, \u00e0 la demande des parents. Le matin, pendant deux heures, les familles viennent gratuitement et sans donner leur nom. Sophie Josserand est responsable des LAEP de la communaut\u00e9 de communes de Saint-Omer. <em>\u201cChaque habitant a un LAEP \u00e0 moins de 10 km\u201d<\/em> revendique-t-elle. L\u2019objectif premier : rompre l&rsquo;isolement et \u00e9changer au sujet de l\u2019\u00e9puisement des parents. Certains sujets sont r\u00e9currents : l\u2019alimentation et le manque de sommeil en t\u00eate de liste, mais aussi les finances, la place des p\u00e8res ou l\u2019allaitement.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-link-color wp-elements-2 wp-block-paragraph\" style=\"color:#ee0d4d\"><strong><em>\u00ab\u00a0Ce sont elles, les expertes de leurs enfants\u00a0\u00bb<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Retour \u00e0 Saint-Omer, pour des ateliers organis\u00e9s un mardi par mois par l&rsquo;association Attente active, dans les locaux municipaux au-dessus de la gare. Retard de langage, motricit\u00e9, hyperactivit\u00e9 : la PMI oriente les enfants qui rencontrent des difficult\u00e9s de d\u00e9veloppement et leur m\u00e8re vers cette association. \u201c<em>Le but de l\u2019atelier c\u2019est de sociabiliser les petits<\/em>\u201d, explique Delphine Vaillant, coordinatrice du projet. \u201c<em>Il y a beaucoup d\u2019enfants isol\u00e9s du fait que les parents sont eux-m\u00eames isol\u00e9s<\/em>.\u201d Plus un enfant en difficult\u00e9 est orient\u00e9 t\u00f4t vers les personnes comp\u00e9tentes, plus il a de chance de s\u2019\u00e9panouir dans la dur\u00e9e. L\u2019autre but de cet atelier : rassurer les m\u00e8res. \u201c<em>Ce sont elles les expertes de leurs enfants. La plus grosse difficult\u00e9 c\u2019est d\u2019accepter qu\u2019ils sont diff\u00e9rents et qu\u2019ils ont besoin d\u2019un accompagnement professionnel.\u201d&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Des m\u00e8res sous le regard de l\u2019aide sociale&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce mardi de mars est tourn\u00e9 vers la motricit\u00e9 gr\u00e2ce \u00e0 la pr\u00e9sence d\u2019une ergoth\u00e9rapeute. L\u2019atelier se tient dans une salle du 1er \u00e9tage de la gare, avec de grandes baies vitr\u00e9es, des tapis de sol et m\u00eame un tipi. \u201c<em>On a choisi ce lieu car il est neutre, accessible par tous les moyens de transports<\/em>\u201d, pr\u00e9cise Delphine Vaillant. La mobilit\u00e9 des parents est un obstacle majeur \u00e0 l\u2019accompagnement.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u201c<em>J\u2019ai un nom, un pr\u00e9nom, deux yeux, un nez, un menton, dis-moi vite ton pr\u00e9nom pour continuer la chanson<\/em>\u201d, chantonne Bertille, l\u2019infirmi\u00e8re pu\u00e9ricultrice. Quatre m\u00e8res et leurs enfants sont pr\u00e9sents, dont Alison, Th\u00e9o et Oscar, assis en rond sur des gros poufs.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019animatrice commence avec un jeu de construction. Joan, Mathis et Hugo empilent les pi\u00e8ces marrons les unes sur les autres. In\u00e8s, la seule fille de l\u2019atelier, se cache derri\u00e8re les jambes de sa m\u00e8re. L\u2019ergoth\u00e9rapeute met en place des circuits avec slaloms, sauts, galipettes : \u201c<em>La PMI veut qu\u2019on observe. C\u2019est ce qu\u2019on fait en offrant un cadre diff\u00e9rent de celui de l\u2019\u00e9cole avec moins de restrictions et surtout moins de personnes<\/em>\u201d, explique-t-elle.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Alison retrouve d\u2019autres m\u00e8res pour parler de ses difficult\u00e9s dans lesquelles se reconna\u00eetront tous les parents. Repas, sommeil, frustration, pleurs. Elles ne sont plus seules \u00e0 apprendre \u00e0 devenir m\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Accompagner dans l\u2019intimit\u00e9 du domicile<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mais dans certains cas, les ateliers ne suffisent pas, les travailleuses sociales passent alors \u00e0 l&rsquo;accompagnement \u00e0 domicile. &nbsp;Un \u201c<em>travail de dentell<\/em>e\u201d d\u00e9crit C\u00e9cile Bacquet, directrice de la PMI, souvent utilis\u00e9 dans ce territoire morcel\u00e9, o\u00f9 la mobilit\u00e9 des m\u00e8res est un obstacle au quotidien.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">D\u00e9part chaque matin, entre 6 et 10 h en fonction des rendez-vous de la journ\u00e9e. <em>\u201cMa voiture c\u2019est mon outil de travail\u2019<\/em> revendique H\u00e9lo\u00efse, TISF, au volant d\u2019un v\u00e9hicule spacieux et ordonn\u00e9e \u00e0 la carrosserie grise fonc\u00e9e. La banquette arri\u00e8re est \u00e9quip\u00e9e de si\u00e8ges pour enfants. H\u00e9lo\u00efse est missionn\u00e9e par la PMI. Aide \u00e9ducative,&nbsp; accompagnement des m\u00e8res c\u00e9libataires, suivi d\u2019enfants plac\u00e9s. Elle accompagne une vingtaine de familles \u00e0 elle seule, chacune avec son lot de difficult\u00e9s. Elle va jusque dans les salons des familles, jusque dans leur intimit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Aujourd\u2019hui, elle vient partager un d\u00e9jeuner avec Margot et Steve, parents de Luna. Tr\u00e8s vite, la conversation porte sur la crise de col\u00e8re de la petite fille de 6 ans la veille au soir. \u201c<em>Elle a tout cass\u00e9<\/em>\u201d, d\u00e9crit Margot, en montrant le bleu que sa fille lui a fait sur le dos de la main. Punition : pas d\u2019\u00e9cran. Mais Steve avoue vite qu\u2019il a craqu\u00e9 et lui a donn\u00e9 son t\u00e9l\u00e9phone pour qu\u2019elle s\u2019endorme. <em>\u201cVous devez tenir vos punitions<\/em>\u201c, explique H\u00e9lo\u00efse calmement. Elle propose une partie de carte en famille apr\u00e8s le repas : une bataille ! Luna triche et agace son p\u00e8re. H\u00e9lo\u00efse rappelle les r\u00e8gles, aide la petite fille \u00e0 distribuer \u00e9quitablement et apaise la partie. Une dizaine de minutes plus tard, la dispute reprend.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Luna a pu rester chez ses parents car la PMI a consid\u00e9r\u00e9 qu\u2019elle n\u2019\u00e9tait pas en danger. Dans des cas plus graves, les enfants sont confi\u00e9s \u00e0 l\u2019ASE (Aide sociale \u00e0 l\u2019enfance) sur d\u00e9cision du juge pour enfants. \u201cPlaceuses d\u2019enfant\u201d, c\u2019est l\u2019image qui colle \u00e0 la PMI, explique C\u00e9cile Baquet, une peur qui persiste dans toutes les familles suivies.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Reconstruire le lien le temps d\u2019une visite&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Charlie a deux ans. Il a \u00e9t\u00e9 plac\u00e9 dans une famille d\u2019accueil suite \u00e0 des \u201c<em>n\u00e9gligences<\/em>\u201d. Depuis la d\u00e9cision de justice, il voit sa m\u00e8re, Gabrielle, deux heures par semaine dans le cadre d\u2019une visite m\u00e9diatis\u00e9e, sous les yeux vigilants d\u2019une TISF. C\u2019est H\u00e9lo\u00efse qui s\u2019en charge aujourd\u2019hui. Rendez-vous au square Marcel-Pagnol, au domicile de la m\u00e8re. Un carr\u00e9 de tours orange p\u00e2le et beige, noircies par la pollution. Gabrielle est en retard. \u201c<em>Elle perd du temps de visite<\/em>\u201d, s\u2019agace H\u00e9loise. Elle arrive essouffl\u00e9e, ses yeux s\u2019illuminent \u00e0 la vue de Charlie. Elle rep\u00e8re son air fatigu\u00e9. L\u2019assistante maternelle qui l\u2019accompagne explique qu\u2019il a des coliques. Elle d\u00e9pose Charlie dans les bras de sa m\u00e8re, lui lance \u201c\u00e0 tout \u00e0 l\u2019heure\u201d et repart.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-link-color wp-elements-3 wp-block-paragraph\" style=\"color:#ee0d4d\"><strong><em>\u201cVous n&rsquo;\u00eates pas tr\u00e8s d\u00e9licate\u201d<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Gabrielle monte dans son appartement avec son fils et H\u00e9lo\u00efse. La TISF doit observer chaque geste. La jeune m\u00e8re emm\u00e8ne le nourrisson dans sa chambre pour le changer. Elle manipule le corps du b\u00e9b\u00e9 avec la maladresse des premiers gestes. \u201c<em>Vous n&rsquo;\u00eates pas tr\u00e8s d\u00e9licate<\/em>\u201d, rigole H\u00e9lo\u00efse.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans le salon, m\u00e8re et fils s\u2019installent par terre pour jouer. Gabrielle enl\u00e8ve sa veste, rejette ses longs cheveux qu\u2019elle a liss\u00e9s pendant une heure hier soir derri\u00e8re l\u2019\u00e9paule, et laisse deviner un tatouage sur son bras. \u201c<em>Charlie<\/em>\u201d, avec l\u2019heure et la date de naissance de son fils. Un tableau sur le mur lui fait \u00e9cho. \u201c<em>Charlie je t\u2019aime, rendez-vous ce matin<\/em>\u201d trac\u00e9 \u00e0 la craie blanche. Un engagement pris envers son fils. H\u00e9lo\u00efse s\u2019assied \u00e0 une table pour travailler. Au bout d\u2019une quarantaine de minutes de jeu, Gabrielle attrape son t\u00e9l\u00e9phone pour prendre son fils en photo. \u201c<em>Regarde-moi <\/em>!\u201d. Le bambin s\u2019approche \u00e0 quatre pattes et s\u2019amuse avec l\u2019\u00e9cran. Sa m\u00e8re le lui retire. Son regard se perd dans le vide. \u201c<em>T\u2019es pas en forme<\/em>\u201d soupire-t-elle. Gabrielle aurait pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 que Charlie ne vienne pas aujourd\u2019hui. Elle demande \u00e0 H\u00e9lo\u00efse s\u2019il peut repartir plus t\u00f4t. La TISF grimace discr\u00e8tement. Selon elle, Charlie se porte bien. <em>\u201cOn ne doit pas intervenir pendant une visite m\u00e9diatis\u00e9e,<\/em> explique-t-elle,<em> mais on doit tout suivre \u00e0 la trace. Je dois observer l\u2019investissement du parent pour esp\u00e9rer un retour de l&rsquo;enfant dans les meilleures conditions.\u201d<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Prot\u00e9ger son enfant des violences<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Plus que devenir m\u00e8re, faire famille est parfois impossible. Les professionnelles de la PMI notent une recrudescence des difficult\u00e9s psychologiques li\u00e9es aux violences conjugales. Marie-Andr\u00e9 Coulon, sage-femme \u00e0 Arques et Saint-Omer, note : \u201c <em>Ce sont elles [ndlr : les m\u00e8res]&nbsp; qui vont devoir prot\u00e9ger leurs enfants. Elles ont peur de reproduire ce qu&rsquo;elles ont v\u00e9cu<\/em>.\u201d&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left wp-block-paragraph\">Gwen a deux enfants. Ses cheveux blonds d\u00e9lav\u00e9s tombent sur ses joues creus\u00e9es et ses cernes marqu\u00e9es. Elle est accompagn\u00e9e par Laure, elle aussi TISF. \u201c<em>Gwen vient juste de s\u2019extraire d\u2019une situation d\u2019emprise avec un homme<\/em>\u201d, murmure-t-elle. \u201c<em>Elle est retourn\u00e9e vivre chez le p\u00e8re de ses enfants.<\/em>\u201d A l\u2019arriv\u00e9e de Laure, c\u2019est Dylan, l\u2019a\u00een\u00e9 de 7 ans, qui ouvre la porte du garage, suivi par sa petite s\u0153ur, de 3 ans, Alissa. Le garage m\u00e8ne \u00e0 une petite cour, parsem\u00e9e de jouets. Gwen est assise derri\u00e8re une baie vitr\u00e9e, avec son t\u00e9l\u00e9phone dans une main et la t\u00e9l\u00e9commande de la t\u00e9l\u00e9 dans l\u2019autre. Elle observe des enfants depuis le canap\u00e9.<sub> <\/sub>Des clips d\u00e9filent sur l\u2019\u00e9cran t\u00e9l\u00e9, en plus des cris aigu\u00ebs de petites perruches dans une cage. Le programme du jour : cuisiner des lasagnes. \u00c7a, c\u2019est seulement pour les petits. Pour leur m\u00e8re, chaque mouvement est un effort. \u201c<em>Gwen souffre d&rsquo;anorexie<\/em>\u201d, glisse la TISF. \u201c<em>Elle a toujours \u00e9t\u00e9 en malnutrition, d\u00e8s le ventre de sa m\u00e8re, qui souffrait elle aussi d\u2019anorexie<\/em>.\u201d&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Gwen ne d\u00e9colle pas de son t\u00e9l\u00e9phone. Son ex-conjoint, de qui elle est s\u00e9par\u00e9e depuis seulement quelques jours, continue de lui envoyer des messages. \u201c<em>J\u2019y retournerai pas, c\u2019est fini, c\u2019est fini<\/em>\u201d, ass\u00e8ne Gwen. L\u2019ex-conjoint la mena\u00e7ait physiquement, elle et ses deux enfants. La TISF a d\u00fb faire \u00e9vacuer la famille en urgence. \u201c<em>Il les a traumatis\u00e9s. Dylan, il ne veut plus y retourner<\/em>\u201d, explique la m\u00e8re. L\u2019a\u00een\u00e9 est suspendu \u00e0 chacun de ses mots, \u00e0 chacun de ses gestes. A tel point que depuis leur d\u00e9part, il peine \u00e0 se nourrir lui aussi. \u201c<em>C\u2019est la ma\u00eetresse qui a fait un signalement<\/em>\u201d, explique Laure. \u201c<em>Vu l\u2019\u00e9tat de la maman, on doit accompagner ses petits gestes du quotidien, comme la cuisine<\/em>.\u201d&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-link-color wp-elements-4 wp-block-paragraph\" style=\"color:#ee0d4d\"><strong><em>\u201cMes enfants sont toute ma vie,&nbsp;je sais que j\u2019ai des difficult\u00e9s [&#8230;] mais je fais tout pour eux\u201d<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le t\u00e9l\u00e9phone de Gwen vibre. Son ex-conjoint a une nouvelle compagne. La fille de celle-ci l\u2019appelle. \u201c<em>Tu sais que ma m\u00e8re dit que tu maltraites tes enfants ?<\/em>\u201d Gwen a peur qu\u2019on les lui retire. Elle se pr\u00e9pare cigarette sur cigarette, des tubes vides, \u00e0 remplir de tabac. Elle fume \u00e0 la baie vitr\u00e9e et laisse tout l\u2019air froid s\u2019ins\u00e9rer dans le salon carr\u00e9. \u201c<em>Moi ma m\u00e8re, elle ne m\u2019a jamais aim\u00e9<\/em>\u201d, l\u00e2che-t-elle. \u201c<em>Mes enfants sont toute ma vie et je sais que j\u2019ai des difficult\u00e9s, je suis suivie par une assistante sociale, par une TISF, je sais tout \u00e7a.\u201d <\/em>Elle r\u00e9fl\u00e9chit, l\u00e2che une bouff\u00e9e de fum\u00e9e<em>. \u201cMais je fais tout pour eux.\u201d<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un r\u00e9seau d\u2019aide s\u2019est construit autour de ces femmes. La Passerelle accueille les victimes de violences conjugales. Les femmes peuvent y trouver une \u00e9coute, un lieu s\u00fbr, une aide financi\u00e8re et juridique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Laurie est accompagn\u00e9e par La Passerelle. Elle vient d\u2019apprendre que son ancien compagnon a \u00e9t\u00e9 plac\u00e9 en d\u00e9tention pour six mois. \u201c<em>Je culpabilise<\/em>\u201d confie-t-elle \u00e0 H\u00e9lo\u00efse, TISF d\u00e9cid\u00e9ment sur tous les fronts, qui l\u2019aide \u00e0 s&rsquo;occuper de ses deux fils, Lucas et Arthur.\u201c<em>Je l\u2019imagine en cellule<\/em>\u201d, ajoute-elle avec un rire nerveux. Elle vit dans un quartier prioritaire de la ville de Saint-Omer. Laurie a les yeux fatigu\u00e9s et bord\u00e9s de larmes. La jeune femme va devoir partir, d\u00e9m\u00e9nager, fuir. Elle a six mois, \u201c<em>sinon il reviendra<\/em>\u201d. Les larmes montent \u00e0 nouveau. \u201c<em>Le probl\u00e8me c\u2019est que je serai sans vous<\/em>\u201d, dit-elle \u00e0 H\u00e9lo\u00efse. <em>\u201cOn n\u2019est que de passage, pour vous accompagner<\/em>\u201d, explique la TISF, elle aussi \u00e9mue.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Rompre le cycle de la violence<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Laurie s\u2019est absent\u00e9e pour un rendez-vous plus long que pr\u00e9vu. Dans l&rsquo;appartement, les deux enfants s\u2019impatientent. \u201c<em>Elle est o\u00f9 maman ?\u201d<\/em> r\u00e9p\u00e8te Lucas. Arthur court entre la porte d\u2019entr\u00e9e et la salle de jeux. H\u00e9lo\u00efse tente de les rassurer, en vain. Au moindre bruit, les t\u00eates se tournent vers la porte avec un air inquiet. Au bout d\u2019une heure trente, Laurie arrive avec un grand sourire, et des bonbons.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Lucas s\u2019approche de la jambe de sa m\u00e8re. \u201c<em>Il est compl\u00e8tement transform\u00e9 et calme depuis que je lui ai expliqu\u00e9 qu\u2019on \u00e9tait en s\u00e9curit\u00e9<\/em>.\u201d Lucas a trois ans. Au d\u00e9but des visites d&rsquo;H\u00e9lo\u00efse, il ne s\u2019exprimait jamais. \u201c<em>C\u2019est pendant qu\u2019on jouait ensemble qu\u2019il a commenc\u00e9 \u00e0 parler. Il a racont\u00e9 les violences qu\u2019il avait vues\u201d <\/em>explique H\u00e9lo\u00efse. Avec son petit fr\u00e8re de deux ans, les \u00e9changes sont muscl\u00e9s. \u201c<em>Elle leur a achet\u00e9 beaucoup de jouets pour compenser mais ils cassent tout<\/em> \u201d, d\u00e9plore la TISF, assise au milieu de voitures, camions et circuits de courses amass\u00e9s. Laurie observe ses fils du coin de l&rsquo;\u0153il. \u201c<em>J\u2019esp\u00e8re que tu d\u00e9fonceras pas les femmes comme tes jouets<\/em> \u201d, lance-t-elle \u00e0 Lucas. Tout de suite, elle se reprend. \u201c<em>Non, il sera pas comme \u00e7a, il est doux et galant. Il tient d\u00e9j\u00e0 la porte aux autres<\/em>.\u201d<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">H\u00e9lo\u00efse, la TISF, rebondit imm\u00e9diatement. \u00ab\u00a0<em>\u00c7a ne vous arrivera pas. Vous mettez tout en place, vous faites les choses bien pour qu&rsquo;il grandissent normalement<\/em>.\u00a0\u00bb Laurie s&rsquo;est saisie des outils \u00e0 sa disposition. Elle emm\u00e8ne ses gar\u00e7ons chez la psychologue de La Passerelle. Elle se rend au lieu d&rsquo;accueil parents enfants. La jeune m\u00e8re scrute chacun des gestes de ses enfants, pr\u00eate \u00e0 relever le moindre trouble ou signe d&rsquo;agressivit\u00e9.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-contrast-color has-text-color has-link-color wp-elements-5 wp-block-paragraph\"><strong>Cette impression persistante \u201cqu\u2019on fait tout mal\u201d<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans le quartier de Saint-Exup\u00e9ry, Alison trie des papiers administratifs. Oscar, son plus jeune fils, se r\u00e9veille ronchon de la sieste, son doudou jaune \u00e0 la main.&nbsp; Malgr\u00e9 les r\u00e9ticences de son ex-compagnon, malgr\u00e9 cette impression persistante \u00ab <em>qu\u2019on fait tout mal<\/em> \u00bb, Alison a su elle aussi aller chercher de l\u2019aide pour son fils a\u00een\u00e9, Th\u00e9o. L\u2019enfant multipliait les crises \u00e0 l\u2019\u00e9cole. Les ma\u00eetresses et les parents alertaient r\u00e9guli\u00e8rement Alison sur son comportement. Une lourde charge pour la jeune femme isol\u00e9e.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le diagnostic reste encore ind\u00e9fini, mais Th\u00e9o est reconnu comme handicap\u00e9 \u00e0 50%. La jeune femme a mis du temps \u00e0 tol\u00e9rer l\u2019accompagnement des services sociaux. \u00ab <em>C\u2019est dur de voir son enfant brutal. On se sent jug\u00e9e, \u00e0 force d\u2019entendre les autres dire que c\u2019est de votre faute, on s\u2019en persuade<\/em>. \u00bb Depuis le suivi par la PMI, Alison a int\u00e9gr\u00e9 un forum de parents d\u2019enfants atteints de troubles de l\u2019attention, en plus de l\u2019atelier xxxx. \u00ab <em>J\u2019ai l\u2019impression d\u2019\u00eatre devenue \u00e9ducatrice ! Je fais des pictogrammes, j\u2019utilise les astuces des ateliers<\/em>, raconte-t-elle, <em>On apprend beaucoup avec ses enfants<\/em> \u00bb. Voir l\u2019\u00e9volution positive d\u2019autres petits la rassure pour le futur de son fils.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-link-color wp-elements-6 wp-block-paragraph\" style=\"color:#ee0d4d\"><strong><em>&nbsp;\u00ab\u00a0Je leur donne toutes mes cartes et, qui sait,&nbsp;ils vont peut-\u00eatre m\u2019\u00e9tonner\u00a0\u00bb<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Apr\u00e8s une rupture difficile avec le p\u00e8re, Alison entrevoit un nouvel avenir pour ses deux gar\u00e7ons. Son nouveau compagnon entre peu \u00e0 peu dans leurs vies. Pas trop vite. Il lui a fallu du temps pour \u00ab <em>gu\u00e9rir ses blessures de foyer<\/em>\u00bb. Alison tient \u00e0 \u00eatre ind\u00e9pendante financi\u00e8rement. La prochaine \u00e9tape, c&rsquo;est trouver un travail. Elle veut prendre son temps et pr\u00e9server ses enfants. Ils lui apportent une stabilit\u00e9, le sentiment d\u2019\u00eatre utile. La jeune femme passe sa main dans les cheveux du petit dernier, \u00e0 peine r\u00e9veill\u00e9 : \u00ab <em>Je leur donne toutes mes cartes et, qui sait, ils vont peut-\u00eatre m\u2019\u00e9tonner \u00bb<\/em>. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">LAEP, suivi \u00e0 domicile, pr\u00e9vention, la PMI d\u00e9ploie tout un tissu d\u2019acteurs sociaux. Un \u00e9quilibre fragile. Elisabeth Lafitte, p\u00e9diatre et membre du syndicat national des m\u00e9decins de PMI, raconte un secteur en manque cruel de moyens. \u201c<em>Il y a des d\u00e9partements o\u00f9 il n\u2019y \u00e0 quasiment plus de PMI. Il y a une pu\u00e9ricultrice qui essaie de faire de son mieux<\/em>.\u201d&nbsp; Manque de m\u00e9decins, de psychomotriciens, de sages-femmes, de psychologues. \u00c0 Arques, les r\u00e9f\u00e9rents de l\u2019aide sociale \u00e0 l&rsquo;enfance sont tous en arr\u00eat de travail. Des adolescents passent la journ\u00e9e \u00e0 la PMI avant de trouver une place d\u2019urgence pour la nuit, en attente d\u2019un lieu d&rsquo;accueil.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Une \u201ccatastrophe \u00e0 l\u2019\u00e9chelle nationale\u201d<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Depuis le 14 mai, une commission d\u2019enqu\u00eate parlementaire se penche sur les dysfonctionnements de l\u2019Aide Sociale \u00e0 l\u2019enfance. Face \u00e0 un syst\u00e8me au bord de la rupture, trente d\u00e9put\u00e9s m\u00e8nent des auditions de professionnels de l\u2019ASE et d\u2019associations de protection des mineurs. \u00c9puisement du personnel, maltraitances, abandon des travailleurs sociaux comme des jeunes \u00e0 leur majorit\u00e9 : le bilan oblige les services publics \u00e0 une r\u00e9ponse urgente.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u201c<em>Si on n\u2019a pas un sursaut de r\u00e9action rapide de la part de nos dirigeants, on risque de s&rsquo;\u00e9teindre doucement<\/em>\u201d, s\u2019insurge Elisabeth Lafitte. Et sans la PMI, le ch\u00e2teau de cartes s\u2019effondre. \u201c<em>Plus on est en difficult\u00e9 pour travailler dans le cadre de la pr\u00e9vention, plus on a de chance que les situations \u00e9voluent vers la protection de l\u2019enfance<\/em>.\u201d&nbsp; En th\u00e9orie, l&rsquo;\u00e9tablissement devrait pouvoir se rendre dans chaque famille au moins une fois. Mais les professionnelles se retrouvent dans l\u2019obligation d&rsquo;imposer des d\u00e9lais d&rsquo;attente, \u201c<em>forc\u00e9ment, \u00e7a impacte les relations avec les parents<\/em>.\u201d<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans la PMI d\u2019Arques, C\u00e9cile Bacquet g\u00e8re des \u00e9quipes \u00e0 bout de souffle. \u201c<em>Si on l\u00e2che sur la pr\u00e9vention, sur la d\u00e9tection des difficult\u00e9s tout de suite, il y a des effets qu\u2019on arrive plus \u00e0 endiguer. Aujourd\u2019hui, c\u2019est la catastrophe \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle nationale.\u201d <\/em>Si les services de la PMI disparaissent, les futures m\u00e8res \u00e0 l\u2019image de Alison, Laurie et Gwen se retrouveront seules pour prot\u00e9ger leurs enfants. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>\u201cJ\u2019ai toujours fait appel \u00e0 la PMI quand j\u2019avais des doutes. Ce serait compliqu\u00e9 si elle venait \u00e0 dispara\u00eetre parce que tous les parents ont besoin de suivi\u201d,<\/em> confie Alison. Malgr\u00e9 les dysfonctionnements des services sociaux, la jeune femme reconna\u00eet la n\u00e9cessit\u00e9 de ces derniers remparts.<em> \u201cJe remercie d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 plac\u00e9e jeune :&nbsp; sans l&rsquo;aide sociale \u00e0 l\u2019enfance, je ne sais pas o\u00f9 les enfants iront.\u201d<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>A Saint-Omer, dans le Pas-de-Calais, les familles des quartiers populaires, souvent monoparentales, font le maximum pour leurs enfants, soutenues par la PMI (Protection maternelle infantile), porte d\u2019entr\u00e9e du r\u00e9seau d\u2019aide sociale. Les services manquent de moyens mais sont indispensables, face \u00e0 l&rsquo;isolement et \u00e0 la pr\u00e9carit\u00e9.<\/p>\n","protected":false},"author":9,"featured_media":63,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[4],"tags":[16,21],"class_list":["post-60","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-articles-2024","tag-dounia-dimou","tag-mona-bru-et-justine-grollier"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/quartiers-en-nord.esj-lille.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/60","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/quartiers-en-nord.esj-lille.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/quartiers-en-nord.esj-lille.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/quartiers-en-nord.esj-lille.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/9"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/quartiers-en-nord.esj-lille.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=60"}],"version-history":[{"count":12,"href":"https:\/\/quartiers-en-nord.esj-lille.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/60\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":296,"href":"https:\/\/quartiers-en-nord.esj-lille.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/60\/revisions\/296"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/quartiers-en-nord.esj-lille.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/63"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/quartiers-en-nord.esj-lille.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=60"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/quartiers-en-nord.esj-lille.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=60"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/quartiers-en-nord.esj-lille.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=60"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}